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Repaires, repères - par Françoise Delorme (janvier 2021)

mercredi 13 janvier 2021, par Cécile Guivarch

Le nom de ce qui ne dort pas / Marie Huot, éd. Al Manar, 2020

Les livres de Marie Huot se posent toujours dans la vie du lecteur comme les poèmes-oiseaux de Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau (éd. Le temps qu’il fait, 2009) : ils sont d’une délicatesse à nulle autre pareille, mais irrigués d’une douleur sensitive et profonde comme inextinguible, dans le même mouvement. Le nom de ce qui ne dort pas n’échappe pas à une tension contradictoire. Il sera impossible de savoir si « ce qui ne dort pas » définit un deuil qui ne finira jamais, celui d’une joie fondatrice presque ensevelie, celui du père, celui de toutes les disparitions, de toutes les destructions qui affligent nos vies, ou si ces mots expriment une adhésion au monde absolue, reconstituée presque en apnée tout au long de l’élaboration et de la naissance des poèmes de ce livre emporté par un fleuve noir, une nuit composée de nombreuses sortes de nuits, obscurité habitée de la nuit réelle, permanentes inquiétudes insomniaques qui semblent dissoudre tout ce qu’elles touchent, nuit emportée fluide des vrais fleuves et même une nuit intérieure fragile et menacée, celle qui ne dort pas et ne veut pas être effacée, sorte de double nécessaire de la clarté -– une nuit qui réveille et demande attention ; et, comme « l’anémone qui régnait sur la mer » de Robert Desnos, elle ne meurt jamais tout à fait :

Ma nuit a le mauvais oeil
elle trimballe des idées folles
sur ses chevilles fines elle vacille et manque de pot

Ma nuit nomade cherche un feu dans la paysage
avec sa langue non parlée
elle voudrait qu’on la comprenne
et lui accorde asile
fut-ce à un petit carrefour triste
et sous la neige

Ce carrefour à la fois énigmatique et parfaitement banal, image récurrente et puissante, se confond rapidement pour le lecteur, comme nombres des évocations de ce livre, aux lieux pour lui intimes et familiers où se cristallisent ses propres souvenirs, heureux et malheureux. Si désolé, si désolant, il semble indiquer aussi que l’on ne peut se perdre.
Comme dans d’autres œuvres de Marie Huot, tout bouge et se transforme, tout se croise, se suscite, s’associe. Dans Absenta, de nombreux fantômes désirent trouver matière et vie en se nourrissant de la poète qui s’en nourrit en retour. Dans Ma maison de Geronimo se bousculent paysages, personnages en quête de mémoire, ce qui faisait écrire à la poète :

je finirai par dire des choses
simplement pour faire avancer des petits personnages
[...]
je finirai par inventer une langue
que les poissons avaleront en ouvrant légèrement la bouche

Apparaissent tant de formes d’être dans Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau  : aussi vite disparues, mais inoubliables : « l’homme du chantier », la « lingère », la « cantabile », la « demoiselle », le « guetteur », le « muet », la « liée » et tant d’autres qui rêvant notre vie nous la font mieux sentir, mieux vivre. Si j’évoque des livres précédents, c’est que je les entends à travers celui-ci, portés par tant de voix : « des voix perdues », ma « voix de cheval », « ma voix blanche », « ma voix bleue », « ma voix de fausset », « ma voix de contrebande », « ma voix noire », « ma voix brûlée », « ma voix d’acrobate avec les voix défuntes », « voix confuses à l’intérieur de moi », voix « de source » et « voix tordues » qui naissent les unes des autres et prononcent à travers les mots convoqués par la poète un humble poème qui n’en finit pas, un poème qui se voudrait salvateur, poème dynamique et merveilleux (au sens ancien et fort de ce terme) et émerveillé, souvent inattendu :

Je voudrais faire pousser quelque chose
hors de mes livres
loin de mon fleuve noir la nuit et noir le jour

Je voudrais être un printemps

un désordre de trouvailles
et qu’elles s’élèvent
et qu’elles éclatent
droites et étranges
comme ces fleurs de poireaux dressées là
dans un coin perdu du jardin
où elles ont poussé
où on les a oubliées

Il ne fait rien renaître, le poème, mais dans son exercice de mémoire et d’oubli, dans son long travail d’arrachement à la disparition, il conquiert, il reconquiert le chant, un chant d’une grande simplicité, très pur, d’une étrange sérénité triste.
Il rappelle ces vers de René Char :

Mon amour est triste
Parce qu’il est dans la nature troublée de l’amour d’être triste
Comme la lumière est triste
Le bonheur triste

Ce chant reprend dans ses plis et ses précaires entrelacs la vie même – de morts et de vivants tissée – et offre à la poète « au nom d’Oublie », à tout un chacun, l’allègement réel d’un lourd fardeau, un sommeil réparateur dans les grands bras d’un fleuve réel, d’un fleuve rêvé :

Chantaient aussi les torrents et les rivières
descendus de mon plateau herbeux
chantaient mon Adige
le petit tas de bois sous la neige à Colmar
et les corneilles loquaces du matin

Dans cette symphonie du delta
dans ce triangle noir où s’engouffraient
le fleuve la mémoire et la nuit
et le nom considérable de ce qui ne dort pas
je me suis allongée
et j’ai fermé les yeux

J’entends et je sens le souffle d’un vrai fleuve, incalculable, indocile, violent et sombre, si proche, le Rhône, si présent à Arles. Et le sommeil habité auquel il invite celle qui marche sur ses rives est précaire ; il ne se différencie de celui de la mort que par des détails essentiels, innombrables et infimes. Je pense à Hamlet (et à Ophélie ?) qui plaintivement murmure :

Mourir, dormir ! Dormir ! qui sait ? rêver peut-être !
Peut-être ?... ah ! tout est là ! quels rêves peupleront
Le sommeil de la mort, lorsque sous notre front
Ne s’agiteront plus la vie et la pensée ?

Les poèmes ne sont pas des rêves, ils ne nous consolent pas, ou pas seulement, ils sont la trace – jamais tout à fait sûre et parfois désespérante – héritée et continuée de tout ce qui se perd, de ces noms qui deviennent peu à peu transparents à force de s’user dans nos mémoires et nos dires. Les poèmes se font si hasardeux que la poète a failli leur ôter sa confiance :

Tout l’hiver j’ai allumé le feu avec mes poèmes
chaque matin j’en glissais deux sous les brindilles
L’un après l’autre ils ont brûlé dans le poêle
chauffé mon corps et ma maison
je voulais m’arrêter là

Ils parviennent cependant à retenir, dans un effort dont on sent ici la fatigue et le peu de gloire, ce qui nous fait humains, notre résistance vaine à la mort, notre mémoire trouée, nos élans malmenés et brisés, nos cheminements un peu erratiques, nos amours affamées exposées à la difficulté d’exister. Les images se succèdent, les contes, les jeux d’enfants et les histoires s’esquissent et se défont, les mots qui ne peuvent ou ne savent se répondent, s’appellent et se ratent, si malhabiles, devenant si émouvants. Tout devrait pousser à une sorte de désespoir sans retour. Tout devrait pousser à démissionner, et c’est le contraire qui se passe. Une sorte de légèreté, de lumière intense faite de cette nuit métamorphosée, gagnée sur une surpuissante opacité, se dégage et apaise les angoisses, non que tout soit rédimé, mais tout ce qui peut l’être sera suscité à nouveau dans des poèmes vulnérables et têtus.
Parmi les veilleurs, Marie Huot, fidèle, écrit une poésie à « tenir debout » et le lecteur, touché au plus intime de lui-même, l’écoute :

Puis à nouveau j’eus envie d’écrire
d’installer mon campement
et recomposer ma géographie
depuis ce carrefour triste sous la neige
qui voulait chuchoter une histoire

J’eus envie d’écrire et de fleurir le fleuve

L’ordinaire et l’aubaine des mots / Alexandre Voisard, Editions Empreintes, 2020

Alexandre Voisard, vieux monsieur encore bien vaillant (90ans), grand poète suisse, ne boude pas son plaisir et accorde toujours une grande confiance à la poésie, jamais vraiment remise en question au cours de tant d’années. On pourrait même dire que ce petit livre fait d’aphorismes ou de courts poèmes accompagné de deux encres légères du poète lui-même vient nous le rappeler avec verdeur, avec une assurance confondante :

Un mot n’est rien.
Mais que celui-ci en appelle et en accueille un autre à son côté et tout change.
Car ces deux-là ont alors plus qu’eux-mêmes.
Ici commence le discours, le poème, l’aventure, le sens.

Cela méritait d’être dit, sans fausse naïveté. Vraiment. La vigueur des mots se ressource sans cesse, simplement, à la force du réel, à l’aune des sensations qu’il suscite et de l’attention qu’on leur prête :

Qu’à chaque aube
la rosée donne
courage aux mots.

Alexandre Voisard cite dans une sorte d’exergue conclusif une assertion de Marguerite Yourcenar : « On ne doit plus craindre les mots lorsqu’on a consenti aux choses ». Oui, tout ce petit livre précieux le répète à l’envi, les mots sont notre ordinaire et une aubaine, le mot est fort puisqu’il suggère une chance inespérée. J’y entends malgré moi le mot « aube », suggérant une clarté de petit matin frais et revigorant :

Car sans les mots le monde
est incompréhensible.

Il est beau qu’Alexandre Voisard écrive ces mots où le désir d’enfance persiste et se reconduit avec tant d’élan. Bien sûr, le poète n’est pas naïf et ce n’est pas toujours aussi simple :

Parfois les mots sont las. Ils veulent ou ne veulent pas. Ils disent ou ne disent pas et quand ils disent c’est pour ergoter et bavoter, ils sont hors du sillon des portées musicales. N’insistons pas, ils ont besoin d’être rafraîchis. Attendons la prochaine pluie.

Même s’il reste moins de temps, Voisard fait encore l’éloge de l’attente, ne se désespère pas, il croit même que l’errance ne sera pas geste vain et qu’elle se suffit en quelque sorte à elle-même :

Rappelle-toi le nom du lilas
toi qui erres au jardin
où les mots se cherchent
un sens
parmi les étamines.

Tant de fraîcheur fait du bien en ces temps troublants et troublés où tout avenir semble bouché, où l’horizon s’assombrit. Un aphorisme étonnant pourra alors relancer paradoxalement le désir de continuer même lorsque « les mots t’échappent, se fourvoient, te désolent et pour certains te pèsent longtemps » :

Parler à un mur offre un sens inédit à chaque mot.

Il me semble que cette confiance renouvelée dans les mots et dans le poème mérite qu’on s’y arrête et qu’on se souvienne d’elle, avec tendresse, avec reconnaissance pour le poète qui prend la responsabilité de la répéter malgré les difficultés rencontrées et pas toujours surmontées. Il fera bon se souvenir, les jours moins fastes, de ce bref et vigoureux poème de deux vers limpides :

Aux éclopés les mots
font la courte échelle.

Seuils / Odile Fix, éditions Brin et E. Editeurs, 2020

Comme un cadeau de Noël, un tout petit livre à mettre dans la poche ! Je le lis plutôt comme un long poème de vers et de strophes brèves dont certaines brillent comme des haïkus, indépendamment du reste :

on reste sans sol
bouche portée au blanc
de la brume

Une sorte de promenade se déroule entre champs et forêts, entre sensations et rêveries matérielles, des rencontres végétales scandent le temps en le métamorphosant :

voiles après voiles
devant les arbres
les uns après les autres
s’absentent et se succèdent
s’absentent et se succèdent

on recule le temps
heure après heure :

Des rencontres animales, de ceux qui « vivent sans nous », des traversées de paysages (on ne sait si c’est la poète, les mots du poèmes ou les paysages qui sont traversés ou qui traversent) inventent des images surprenantes qui créent une profonde équivoque, parfois inquiétante, propre à troubler la frontière entre un dehors et un dedans pas loin de devenir des catégories non pertinentes, mais dont nous portons la responsabilité :

on coule avec
un fleuve de nuages
abandonné de sa source

là-bas un enfant
tombé d’une poche
pleurait en silence

la densité
d’un corps oublié
étant inférieure
à celle des nuages
on est ce fleuve de nuages

Qui abandonne qui ? Et, surtout, comment faire pour que les mots découvrent le monde plus qu’ils ne le cachent ?
Un peu comme s’il fallait effacer la langue, la réduire jusqu’’à la plus grande finesse, mais en usant de ses pouvoirs, en usant ses pouvoirs :

l’encre des lettre
s’estompera sous
une faible brume

on couvre les pages
linge après linge

le livre est
succession de recouvrements
dans la voix de
ce qui se tait

Il faudrait presque citer ce petit livre dense en entier tant tout se tient, tant chaque mot en souffle un autre et réciproquement. La très tactile feuille d’arbre peinte par Farhad Ostovani reproduite sur la couverture qui appelle les doigts tant elle désire être touchée donne à imaginer la grande force d’incarnation de ce poème en feuillets fragiles dont les pages se recouvrent et de découvrent, paysages apparus, aussitôt disparus pour réapparaître ailleurs, mouvants, parfois difficiles d’accès, parfois peu compréhensibles, passages mystérieux entre mots et choses :

au cœur des bourrasques de neige
on aspire le vent
par goulées
cherchant un corps
buvant
les noms mêmes
du corps

Nous avançons, car ce poème semble vraiment avancer, dans une sorte d’opacité à la fois dense et vaporeuse. On rêve que quelque chose s’ouvre, et c’est bien finalement ce qui arrive, non pas dans les mots qui semblent ne pouvoir échapper à leur nature occlusive, mais par la grâce de cet agencement qui s’appelle un poème, nous lestant de notre matérialité et nous délestant d’une douleur par la grâce d’un désir renouvelé, celui d’une trouée de lumière » entre « nuages et éclaircies » que ce livre précieux invente à chaque page et recommence :

on étale
un drap de fibres douces

il couvrait la peau fragile de la beauté

tout tremble dans le silence

pleur ne sera rosée
mais l’eau reflétée de ciel
une soif
ancienne

Crever l’écran / Thierry Raboud , éditions Empreintes, 2020

Thierry Raboud, jeune poète de trente trois ans dont Crever l’écran est le premier livre de poèmes, répond, dans un entretien, à Antonio Rodriguez (poesieromande.ch) qui lui demande ce qu’il entend lorsqu’il « évoque le poète comme “une vigie des mots“ face à un monde devenu liquide et interconnecté » : "Par sa profonde densité, son absolue concentration de sens, le poème tel que je le conçois exige une attention entière, ralentie. Au vertige du scroll infini, aux temps superposés du web, à ce présent perpétuel, il oppose l’intensité du mot esseulé sur la page, pierre de touche d’un nouveau rapport à la réalité. Le poème est décélération ». Les poèmes très concentrés de ce livre ne contrediront pas leur auteur. Deux chapitres : #avant, #après, l’un plus court, le premier, l’autre semblant au fur et à mesure s’effilocher en des poèmes parfois presque exsangues et aux vers sans majuscules :

désirs
épars
pillés

Avant l’apparition massive des appareillages techniques « qui conditionnent ce que nous sentons, pensons, exprimons et faisons (Yves Citton, cité en exergue). Ce qui différencie surtout les deux parties et les opposent, ce sont deux conceptions du temps. Conceptions ? Non, la manière dont nous vivons transforme pas seulement la conception du temps, mais les formes temporelles et météorologiques imprévisibles dans lesquelles nous vivons :

Il pleuvait
Sans prévenir

Aux paumes du ciel
Elire demain
A mains levées

Dans le premier chapitre, les corps, vie individuelles dotées d’une mémoire singulière, sont concrets, la vie scandée par le jour et la nuit, les saisons suivent leur cours, le monde est habité par des éléments encore naturels, sensibles, quitte à ce qu’on s’y ennuie, véritable luxe en passe de devenir obsolète :

Nous vivions
Au présent simplement

Je prenais l’air
Du temps
Pour ce qu’il était

Une goûteuse égoutture
léchée de mémoire

Souviens-toi

Thierry Raboud suggère qu’un temps suspendu existe entre ces deux parties, et ce serait « pour suspendre le temps entre ce que nous étions et ce que nous serons et saisir l’interstice où tout changement est encore possible » et « faire advenir un nouvel humanisme technologique : voilà l’urgence ». Pour moi qui crois peu à la possibilité de cet humanisme technologique et pour qui les poèmes de Thierry Raboud possèdent une certaine puissance de vérité, il me semble que cette deuxième partie offre à sentir la transparente et étouffante opacité de cet écran qui nous disloque, nous déterritorialise et nous « détemporalise » (le néologisme est de Hartmut Rosa dans Accélération : une critique sociale du temps). Le crever, cet écran ? Ce n’est pas si simple et ressemble plutôt à un rêve perdu, mais encore désirable :

demain
point
interrogation
surprise
découchée
dans l’aurore
nue

je lève
les poings
crevant
l’écran
demain
à main

elle est retrouvée
l’éternité –

Le souvenir de Rimbaud se glisse dans ce poème j’y entends des échos de poèmes d’Une saison en enfer. J’entends une sorte de supplique, qui, à mes oreilles, sonne douloureuse, aigüe. Les poèmes semblent s’essouffler, chercher quelque chose qui semble s’effacer et qui voudrait résister au « temps réel ». Retenir la mémoire, oui, mais aussi l’oubli, le silence, trésors essentiels de nos vie humaines, pour que les mots et les images ne s’auto-dévorent pas :

l’oubli se meurt
il faut le savoir

s’en souvenir
ou ne rien croire

garder le silence
ne pas le perdre

vertu éteinte
souffle cou –

Le dernier vers de « Zone" d’Apollinaire , saluant la modernité d’une façon très ambivalente, remonte, bégaie encore : « Soleil cou coupé ». J’entends une voix qui, si elle ne proteste pas à proprement parler, coule si juste, que je prends le temps de l’entendre, chaque mot résonne avec chaque autre, chaque poème avec chaque poème avec un autre poème et avec des poèmes d’autres poètes atemporels. Et si « ce n’était pas mieux avant », ce n’était pas forcément plus mal. En tous cas, il est loisible de puiser dans la mémoire de ce temps et cet espace non-connectés la force de s’en protéger.
Peut-être. En tout cas, ce petit livre pèse tous ses mots au trébuchet d’une pensée poétique forte, plus inquiète, plus tendue, je crois, que le discours plus conciliant que tient le poète par ailleurs : les poèmes ne peuvent pas tout à fait se le permettre, ils restent tendus, à vif. Et c’est tant mieux !

Françoise Delorme


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